Un professeur marocain aide à créer des coopératives de femmes pour l'huile d'argan
21/11/2006
Experte marocaine de l'arganier, le Dr Zoubida Charrouf estime que cet arbre, avec ses multiples emplois, est une ressource vitale du Maroc. Elle tente de lutter contre la déforestation de l'arganier par la mise en place de coopératives de femmes destinées à produire de l'huile d'argan et à faire connaître ce produit dans le monde.
Par Farah Kinani pour Magharebia à Washington – 21/11/06
Le Dr Zoubida Charrouf, professeur à l'Université Mohamed V de Rabat, tente d'aider à sauver l'arganier marocain en favorisant la connaissance de son huile et en mettant en place des coopératives de femmes destinées à planter plus d'arbres et à en récolter l'huile.
Elle a commencé à s'intéresser à l'arganier alors qu'elle était en France. Elle explique: "A la fin du XIXème siècle, un auteur français qui avait étudié la noix d’argan avait dit qu’il y avait un principe actif dans l’arganier. Depuis cette date jusqu’au moment où j’ai commencé à faire mes recherches, personne n’avait essayé d’aller plus loin pour savoir ce qu’est ce principe actif." Sa passion pour cet arbre n'a cessé de croître depuis qu'elle a découvert qu'il contenait d'autres substances moléculaires uniques.
Mme Charrouf a obtenu son doctorat sur l'étude de l'arganier et est devenue l'une des premières personnes à faire campagne pour sa protection. Elle estime que toutes les parties de l'arbre peuvent être utilisées comme source de revenu ou d'alimentation pour ceux qui l'exploitent.
"En plus de son rôle environnemental, l’arganier joue un rôle socio-économique très important", a-t-elle déclaré à Magharebia.
Mme Charrouf a passé 15 ans à mettre en place les premières coopératives de traitement de l'huile d'argan dans les villages de Tamanar et Tidzi.
Elle souhaitait ardemment "valoriser le savoir-faire des femmes et sauvegarder l’huile d’argan qui a toujours été galvaudée et vendue au bord des routes, malgré toutes ses vertus aussi bien sur le plan nutritionnel, pharmaceutique, thérapeutique, cosmétique qu’écologique".
"Ce sont les femmes qui ont toujours produit l’huile d’argan. Il restait des postes de salariés dans la coopérative, mais les femmes membres avaient décidé de ne recruter que des femmes car la mixité n’est pas bien vue dans ces régions du Maroc", note-t-elle.
"Quand j’ai annoncé mon intention de lancer la première coopérative, les hommes ne voyaient pas d’un bon œil le départ de leurs femmes ; après, quand elles ont commencé à rapporter de l’argent à la maison, ce sont les hommes qui sont venus eux-mêmes me solliciter pour leurs femmes", se rappelle-t-elle.
Elle travaille actuellement avec le Gouvernement marocain pour renforcer l'implication des femmes dans le développement rural et durable.
"Une convention a été signée entre le Haut-Commissariat des Eaux et Forêts et les coopératives Targanine pour le reboisement de l'arganier et son amélioration sylvicole par des activités de dépressage", indique-t-elle.
L'autre activité principale de Mme Charrouf consiste à faire campagne en faveur d'une meilleure gestion des produits de l'arganier et d'une meilleure reconnaissance de l'huile d'argan.
"Je souhaite que l’huile d’argan bénéficie d'une Appellation d'Origine Contrôlée (AOC) … Nous avons toutes les conditions requises pour être une AOC … Sous cette appellation, ne s'appellera plus l'huile d'argan que l'huile produite dans la région selon des critères donnés. Ceci participera forcément au développement de toute la région et à la conservation de l'arganeraie", affirme-t-elle.
A ceux qui se disent inquiets de voir la popularité toujours croissante de l'huile d'argan conduire à une surexploitation, Mme Charrouf réplique que les expériences des autres pays montrent que le reboisement augmente avec la demande du produit.
"C'est la valeur économique d'un arbre qui fait qu'on est motivé pour le replanter … Notre production nationale est de 4 000 tonnes par an. Il nous faudrait 400 coopératives pour produire cette quantité, et nous n'en sommes pas encore là", fait-elle remarquer.
Au Maroc, l'arganier est connu comme "l'arbre de la vie" du fait de ses nombreuses qualités. L'arganeraie fait vivre près de 3 millions de personnes, dont 2,2 millions dans les zones rurales.
"Elle permet ainsi de stabiliser les populations des campagnes et donc de limiter le phénomène de l’exode rural", explique Mme Charrouf.
Le Maroc connaît actuellement une réduction de la surface et de la densité de son arganeraie. Depuis le début du siècle dernier, sa superficie a été réduite de 1 400 000 hectares à 828 000 hectares. La densité est passée de 100 arbres à 30 arbres par hectare, et Mme Charrouf estime que 600 hectares sont perdus chaque année.
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